PMA : quels critères de discernement ? – Caroline Roux, Emission Vies de Famille

PMA : quels critères de discernement ? – Caroline Roux, Emission Vies de Famille

Caroline Roux, déléguée générale adjointe et coordinatrice des services d’écoute d’Alliance VITA, était l’invitée de l’émission Vies de Famille, le 21 février 2018. Elle évoque la PMA et les questions d’infertilité (à partir de 3:54 mn).

Quelques verbatim extraits de l’émission :

“Il y a souvent une forme de rapidité pour ces consultations d’infertilité, d’où une forme de précipitation ; c’est cet engrenage qui est très difficile à arrêter pour le couple.”

“Des couples, surtout des femmes, vont nous dire : “j’ai eu l’impression d’avoir cet enfant avec le médecin”.”

“On se retrouve actuellement en France avec un stock de plus de 220.000 embryons congelés, dont un tiers ne fait plus l’objet de projet parental et qui vont être soit donnés à la science ou à un autre couple, ou bien détruits.”

“A la question “Que faire de ces embryons ?”qui leur est posée, les couples n’arrivent pas à répondre parce que ces embryons auraient pu être leurs enfants.”

Chimères homme-mouton, une nouvelle transgression

Chimères homme-mouton, une nouvelle transgression

Les chimères sont des embryons mêlant des cellules animales et des cellules humaines. Lors du congrès annuel de l’Association américaine pour la promotion de la science (AAAS)* qui s’est tenu à Austin au Texas du 15 au 19 février, une équipe de chercheurs a annoncé avoir créé des embryons hybrides mouton-humain.

L’objectif affiché est de parvenir à « cultiver » des organes humains à l’intérieur d’animaux, pour obtenir des greffons et faire face à la pénurie d’organes. Cette recherche s’est appuyée sur des expériences antérieures menées par une partie de la même équipe qui a développé des cellules humaines dans des embryons de porc. Les embryons hybrides ont donc été créés en utilisant des embryons de mouton (produits par des techniques de FIV) dans lesquels ont été injectés 0,01% de cellules souches humaines, issues d’embryons humains ou de cellules somatiques (adultes) reprogrammées en cellules souches. L’expérience s’est arrêtée après 28 jours de développement de ces embryons.

L’idée de ces expériences est de parvenir à ce que ces embryons se développent, soient implantés et donnent naissance à des petits sur lesquels les organes seraient prélevées (cœur, poumons…). Ces expériences sont très controversées. Elles soulèvent des questions éthiques très importantes : l’embryon humain est réduit à l’état d’objet. Elles posent la question du respect de la frontière homme-animal. Même si le ratio de cellules humaines est très faible, leur prolifération au cours du développement embryonnaire n’est pas à exclure, elles pourraient même s’installer dans le cerveau ou les organes sexuels des animaux, explique Hiro Nakauchi, biologiste spécialiste des cellules souches à l’université de Stanford et collaborateur du professeur Ross. Avec quels impacts ?

Par ailleurs, le ratio cellules humaines-animales « n’est pas encore assez important pour générer un organe », a déclaré le professeur Ross lors d’un point de presse. Environ un pour cent de l’embryon devrait être humain pour que la greffe d’organe fonctionne, rapporte The Guardian. Pour avancer dans ces recherches, il y a donc le risque d’une fuite en avant de ces essais afin d’injecter de plus en plus de cellules humaines. Le rejet de la greffe est possible, les cellules animales reconnues comme « corps étranger » par le receveur.

Alliance VITA rappelle que la création d’embryons chimériques est interdite en France. La question est cependant mise en débat lors des actuels Etats généraux de la bioéthique sous la forme d’une question : « Faut-il autoriser les recherches scientifiques concourant à l’apparition d’embryons transgéniques ou chimériques ? » dans la rubrique « Cellules souches et recherche sur l’embryon ». Une grande vigilance s’impose pour ne pas instrumentaliser l’opinion, les personnes et leurs familles en attente de greffes avec ces chimères expérimentales qui, loin d’être au point, ne le seront peut-être jamais. Enfin, l’embryon humain doit être respecté et son instrumentalisation par toutes sortes d’expériences d’apprentis-sorciers condamnée.

*American Association for the Advancement of Science

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Pour aller plus loin :

EHPAD : une nouvelle commission sur la bientraitance

EHPAD : une nouvelle commission sur la bientraitance

EHPAD : une nouvelle commission sur la bientraitance

Le gouvernement a installé, le 19 février, une commission pour prévenir la maltraitance chez les personnes âgées ou handicapées, suite au vote de la loi de l’adaptation de la société au vieillissement entrée en vigueur le 1er janvier 2016.

Cette commission de « promotion de la bientraitance et de lutte contre la maltraitance » devra « faire des propositions sur le risque de maltraitance dans tous les lieux de vie, que ce soit à domicile ou en établissement ».

La maltraitance des personnes âgées peut être physique ou morale et est essentiellement liée au manque de personnel dans les EHPAD. Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) dénonce un problème « colossal » et ajoute qu’il « faut aussi un discours fort du Président sur l’âgisme, la discrimination des personnes âgées, qui est la première maltraitance ».

Beaucoup de maltraitances se font aussi à domicile, parfois par les familles elles-mêmes qui ne sont pas assez secondées et arrivent à des situations d’épuisement. « Avec peu de personnel à domicile, on se retrouve à déléguer aux conjoints ou aux enfants qui s’épuisent. Ils sont eux-mêmes maltraités, et sans le vouloir, deviennent maltraitants », explique Pascal Champvert.

Cette mesure intervient alors qu’un mouvement de protestation des professionnels d’EHPAD s’amplifie depuis plusieurs mois. Après la dernière grève du 30 janvier dernier, une nouvelle action est prévue le 15 mars prochain.

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Voir aussi : EHPAD – premières conclusions de la mission parlementaire

ehpad ehpad : une nouvelle commission sur la bientraitance

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Bioéthique : les préconisations controversées de l’Agence de la Biomédecine

Bioéthique : les préconisations controversées de l’Agence de la Biomédecine

biomedecine

L’Agence de la biomédecine a publié, le 13 février, son rapport sur l’application de la loi de bioéthique, suite au lancement officiel des Etats généraux de la bioéthique le 18 janvier.

Le rapport passe en revue quatre grandes thématiques pour lesquelles elle est compétente : les dons d’organes, l’assistance médicale à la procréation, le diagnostic prénatal et la recherche sur l’embryon. D’après le rapport, la loi de bioéthique de 2011 a, en règle générale, répondu à ses attentes. L’agence s’interroge également sur les problématiques liées à l’évolution très rapide de la science et des techniques.

Parmi les conclusions et pistes de travail préconisées figurent plusieurs risques d’aggravation de la loi de bioéthique posant des questions éthiques majeures.

En ce qui concerne la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires, l’Agence remet en question la condition d’autorisation de recherche, sous réserve qu’il n’y ait pas d’autre alternative. Paradoxalement, si le rapport remet en question l’utilisation des cellules reprogrammées (iPS) comme alternative fiable aux cellules souches embryonnaires, les auteurs proposent que l’on débatte des gamètes artificiels produits à partir d’iPS avec la possibilité de les tester en créant des embryons pour la recherche, ce qui est actuellement interdit. Le rapport s’appuyant sur les préconisations de l’INSERM et de l’Académie de médecine de pouvoir conduire des recherches sur la modification du génome au niveau de l’embryon et des gamètes, envisage que la question d’autoriser ces recherches soit posée.

L’ABM ne se prononce pas sur l’accès à la PMA hors indication médicale (pour les femmes seules ou en couple de même sexe), ni sur l’autoconservation des ovocytes pour raisons non médicales, ni sur l’anonymat du don de gamètes, trois questions qui relèvent des débats au sein des Etats généraux de la bioéthique. En revanche, l’Agence préconise de remettre en cause l’interdiction de l’insémination post-mortem, de fixer un âge limite pour avoir recours à l’AMP et d’autoriser le double don de gamètes, aujourd’hui interdit, l’un des membres du couple devant être au moins relié génétiquement à l’enfant à naître.

Signe des pressions grandissantes pour obtenir des gamètes, l’ABM préconise de lever l’obligation du consentement du conjoint d’un donneur ou d’une donneuse pour faire un don et va jusqu’à préconiser de passer l’activité du don d’ovocyte au secteur privé lucratif. Est-ce une manière de contourner le principe de gratuité ? Le rapport propose également d’alléger les procédures pour le don d’embryons qui nécessitent, pour le couple donneur comme pour le couple receveur, l’autorisation du président du tribunal de grande instance, compte tenu de la responsabilité de céder son propre embryon à un autre couple.

L’ABM ne juge pas opportun de revenir sur le consentement présumé du don d’organes mais trouve qu’il serait bon d’établir un lien avec les directives anticipées. L’agence suggère d’étendre l’ouverture des dons croisés (donneurs vivants) à l’international. En outre, l’ABM propose des mesures d’harmonisation sur le prélèvement et le don de cellules souches hématopoïétiques (sang de cordon, don de moëlle…).

Les progrès scientifiques, comme par exemple le séquençage du génome, posent de plus en plus de questions éthiques. L’ABM, sans établir de conclusions, propose une série d’interrogations : quelles pourraient, par exemple, être les conséquences du séquençage du génome entier sur le dépistage prénatal ?

PMA : deux adoptions validées en appel pour un couple de femmes

PMA : deux adoptions validées en appel pour un couple de femmes

courappel

La Cour d’appel de Versailles a validé, le 15 février 2018, deux demandes d’adoption d’enfants nés par procréation médicalement assistée (PMA) pour un couple de femmes.

Les demandes d’adoption plénière avaient été rejetées le 29 juin 2017 par le tribunal de grande instance (TGI) de Versailles au motif que « peut-être un jour, un géniteur hypothétique voudrait reconnaître » leur enfant.

Pour la Cour d’appel « l’éventualité d’une volonté de reconnaissance future de l’enfant par un père biologique (était) purement hypothétique et n’était étayée par aucun élément concret ».

En septembre 2014, la Cour de cassation avait rendu un avis visant à légitimer l’adoption plénière d’enfants par l’épouse d’une femme l’ayant obtenu à l’étranger par procréation artificielle avec donneur anonyme (PMA). Depuis, plusieurs Cours d’appel françaises ont rendu des décisions similaires. Cass. avis, 22 sept. 2014,nos14-70.006 et 14-70.007 : « Le recours à l’assistance médicale à la procréation, sous la forme d’une insémination artificielle avec donneur anonyme à l’étranger, ne fait pas obstacle au prononcé de l’adoption, par l’épouse de la mère, de l’enfant né de cette procréation, dès lors que les conditions légales de l’adoption sont réunies et qu’elle est conforme à l’intérêt de l’enfant. »

Nous constatons l’effet domino contre lequel Alliance VITA avait mis en garde lors des débats sur le mariage entre personnes de même sexe. La question demeure celle de l’intérêt de l’enfant. Comme l’a signalé Alliance VITA à plusieurs reprises, il s’agit d’un détournement de la démarche d’adoption : l’adoption n’est pas faite pour « procurer » un enfant à des personnes qui l’auraient conçu illégalement, mais pour donner une famille à un enfant déjà né, qui a subi le traumatisme important que constitue la privation accidentelle de son père et/ou de sa mère. Au lieu de réparer un traumatisme, l’adoption sert ici à entériner une maltraitante originelle.