Amendements IVG dans le projet de loi Egalité Femmes-Hommes : mesures inadaptées et malvenues

Des mesures relatives à l’interruption volontaire de grossesse ont été introduites dans le projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes : les principales visent d’une part à supprimer de la loi la notion de “situation de détresse” d’une femme pour recourir à l’avortement, et d’autre part à pénaliser les entraves à l’information sur l’IVG dans les locaux habilités à cet effet.

Outre le changement symbolique que revêt la suppression du mot « détresse » de la loi concernant le recours à l’avortement, cette mesure remet profondément en cause la philosophie de la loi de 1975.

Introduites par amendement en commission des lois de l’Assemblée nationale le 18 décembre dernier, ces mesures n’ont fait l’objet d’aucun examen par le Conseil d’Etat, ni d’aucune étude d’impact par le Gouvernement, alors qu’elles touchent intimement les femmes et les couples dans un contexte de crise économique et sociale profonde. Ce n’est donc ni le support législatif ad hoc, ni le moment pour engager une nouvelle réforme de l’avortement dans notre pays.

Cette réforme précipitée repose sur un déni de la réalité, alors que s’exprime de plus en plus clairement le besoin des femmes d’accéder à une information impartiale et complète avant de prendre en conscience une décision grave.

 

1-   La suppression de la « situation de détresse » 

Comment peut-on croire qu’il suffise de supprimer un mot dans un texte de loi pour faire disparaître la réalité qu’il recouvre ?

 

La situation actuelle

 –        En 2011, 222.500 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été recensées en France. L’augmentation de l’IVG des mineures qui a cru de 25% entre 2002 et 2006 représente aujourd’hui 6% des IVG.  Notre pays se situe, par son taux d’IVG de 15,1 IVG pour 1000 femmes en âge de procréer, dans une moyenne élevée en Europe.  Le taux le plus élevé est observé chez les femmes âgées de 20 à 24 ans, chez lesquelles il est de 27 en France métropolitaine, et de 50 dans les départements d’outre-mer (DOM). Selon l’Institut National d’Etudes Démographiques, on estime que près de 40 % des femmes y auront recours dans leur vie.

–        Nous constatons un rajeunissement de l’âge des femmes à l’IVG, qu’il s’agisse de la première IVG ou d’une nouvelle IVG. Plus précisément, “depuis la fin des années 1980, l’âge moyen au moment de la première IVG a diminué d’un an et demi” et “les femmes dont c’est la deuxième IVG sont en 2007 âgées en moyenne de 28,8 ans”, et de 30,3 ans pour celles qui ont déjà eu plus de deux IVG. Les IVG des mineures, qui ont connu une forte augmentation entre 2002 et 2006 (+ 25%), restent à un niveau élevé malgré les nombreuses mesures prises pour leur assurer la gratuité de la contraception.

–        Pourtant, le taux d’utilisation des contraceptifs en France est parmi les plus élevés au monde.  Selon le baromètre santé 2010,  90,2 % des Françaises sexuellement actives âgées de 15 à 49 ans déclarent employer une méthode contraceptive, y compris chez les jeunes (91,2 % chez les 15-19 ans, et 92,9 % chez les 20-24 ans).

–        Ce « paradoxe contraceptif français » est confirmé par le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales de février 2010. Il  révèle que 72% des femmes qui recourent à l’IVG utilisaient une méthode de contraception quand elles ont découvert leur grossesse[1], en concluant qu’ « une maîtrise totale de la fécondité est illusoire ».

 Cependant, alors que les pouvoirs publics reconnaissent qu’il y a un nombre élevé d’avortements, les solutions qu’ils proposent se bornent à renforcer la contraception ou à augmenter encore les prescripteurs de l’IVG. C’est du moins le sens des orientations prises ces dernières années.

 

Pourtant l’IVG n’est pas un acte anodin pour les femmes

 –        Pour la Haute Autorité de la Santé, citée dans le rapport de l’IGAS sur la prévention des grossesses non désirées (2010) : «L’IVG demeure un évènement souvent difficile à vivre sur le plan psychologique. Cette dimension manque d’éclairage objectif et scientifique ». Aucune évaluation n’a été conduite depuis ce constat par les pouvoirs publics.

 

 –        Selon un sondage OpinionWay pour Nordic Pharma en mars 2013, 85% des femmes déclarent avoir ressenti une souffrance au moment de l’IVG médicamenteuse, y compris une souffrance morale pour 82% d’entre elles, ou physique pour 67%. Il confirme un précèdent sondage effectué par l’IFOP en 2010 sur les femmes et l’IVG :  83% des femmes pensent que l’IVG laisse des traces psychologiques difficiles à vivre.

–        Pourtant selon le rapport de synthèse de l’IGAS sur l’évaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées et de prise en charge des interruptions volontaires semble prôner la fatalité : « Il y aura toujours des situations d’incertitude ou de rupture affective qui remettent en cause une grossesse éventuellement souhaitée à un moment donné ».

 –        Les femmes ont plus que jamais besoin d’être écoutées et accompagnées, et non pas que la collectivité se dédouane en niant la difficulté d’un acte que les hommes, eux, n’ont pas à subir.

 La véritable égalité devrait donc intégrer une politique de prévention des pressions masculines qui s’exercent sur les femmes pour l’IVG, comme il est développé une politique volontariste à l’égard des violences faites aux femmes (cf articles 7 et suivants du projet de loi).

 

2-   L’information des femmes

 –        L’entrave concernait jusqu’à maintenant le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une IVG.  A l’avenir, les sanctions concernant les entraves au fait de « pratiquer une IVG » seraient étendues au fait de « s’informer sur une IVG » dans les établissements habilités à donner cette information.

–        Cela traduit la vision partiale et technicienne, des promoteurs de cette réforme de l’IVG, au détriment d’une approche humaniste qui est, pourtant, réellement attendue des femmes.

Les femmes ont, plus que jamais, besoin d’une information impartiale et complète. Orl’information s’est dégradée depuis une dizaine d’années.

–        Ceux qui prônent l’absolu de la liberté individuelle, faisant de l’IVG un droit sans limites, dénient en même temps aux femmes le pouvoir – et le droit – d’exercer cette liberté en étant pleinement éclairées. Pour prendre une décision entre deux solutions, il faut pouvoir accéder aux informations concernant chacune des deux hypothèses possibles. Il s’agit de comparer, de peser le pour et le contre, de réfléchir sereinement, afin de décider.

–        Or, la tendance de la législation va à l’encontre de ce mouvement, puisque la loi du 4 juillet 2001 a supprimé du dossier-guide remis aux personnes qui viennent s’informer pour une éventuelle IVG, la présentation des aides et protections assurées aux femmes enceintes. De même, aucune information concernant ces droits et aides ne figure sur le site du Ministère de la santé, dans l’espace consacré à l’IVG.

Il est donc urgent de réintroduire dans la loi cette mesure garantissant une information équilibrée  sur les droits, aides et démarches pour les femmes enceintes, seules ou en couple,  ainsi que le descriptif de leur protection sociale. Cela pourrait contribuer à résoudre un grand nombre de drames personnels, en présentant aux femmes des perspectives autres que l’avortement, qui ne devrait pas  être une fatalité.

 

Conclusion

La suppression de la notion de détresse dans la loi ne protège pas les femmes :

–       elle dédouane la collectivité d’apporter une réelle aide aux femmes pour prévenir l’IVG

–       elle déresponsabilise les hommes.

Alors que ce projet de loi traite de l’égalité entre les femmes et les hommes, où est la vraie égalité ?

Notre pays a besoin d’avoir un large débat sur la politique qui est menée en matière d’IVG. Mais un débat serein, approfondi, et non biaisé. Car il s’agit de la dignité et de la souffrance des femmes et cela mérite mieux – beaucoup mieux – que deux amendements adoptés rapidement en cours de discussion parlementaire.

Janvier 2014

 

[1] Etude Cocon cité dans le rapport de l’IGAS sur la pratique de l’IVG et l’évaluation des politiques de prévention des grossesses non désirées -2010.

Décodeur n°36 – Amendements IVG dans le projet de loi Egalité Femmes-Hommes

Le décryptage d’Alliance VITA sur l’actualité législative : « Amendements IVG dans le projet de loi Egalité Femmes-Hommes » 

 

L’EVENEMENT

A partir du lundi 20 janvier 2014, l’Assemblée nationale va examiner en première lecture le projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes, dans lequel plusieurs amendements concernant l’IVG ont été introduits par des parlementaires.

L’objectif principal est de transformer l’IVG, liée jusqu’à présent à une situation de détresse, en un « acte médical comme un autre ».  Mais la suppression de l’état de détresse est une façon de nier la réalité de ce que vivent les femmes lors des grossesses difficiles : elles se retrouvent trop souvent confrontées à un choix à sens unique, faute de vraie politique de prévention pour celles, nombreuses, qui souhaitent pouvoir poursuivre leur grossesse et être soutenues dans ce sens (voir sondage IFOP, février 2010).

LE CHIFFRE

Avec 222 500 avortements par an, la France compte 15,1 IVG pour 1 000 femmes en âge de procréer, soit le double du taux observé en Allemagne (taux de 7,2).

Ce chiffre s’explique par le « paradoxe contraceptif français » : près des 3/4 des femmes (72%) qui recourent à l’IVG étaient sous contraception quand elles ont découvert leur grossesse.

 

LES AMENDEMENTS EN DISCUSSION

a) La suppression de la « situation de détresse »

– La législation en matière d’avortement a été révisée à plusieurs reprises. Elle est fondée sur une dérogation au principe général inscrit à l’article 16 du Code Civil : « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ».  Cette dérogation est formulée ainsi : « La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse » (article L2212-1 du Code de la Santé publique).

– L’amendement déposé par des membres du Parti socialiste, et adopté en Commission des lois le 18 décembre dernier (devenant l’article 5 quinquies C du projet de loi), supprime la référence à la situation de détresse. Désormais, toute femme « qui ne veut pas poursuivre sa grossesse » pourrait obtenir l’IVG, sa décision n’étant liée à aucune difficulté particulière.

– Le projet de loi déposé par le Gouvernement ne prévoyait aucune disposition dans ce sens. C’est le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes qui a revendiqué cette mesure, dans son rapport sur l’accès à l’IVG rendu public le 7 novembre 2013 (ce rapport contient par ailleurs de nombreuses autres demandes, comme la suppression du délai de réflexion d’une semaine, la suppression du droit à l’objection de conscience du personnel médical, etc.).

– Alors que le Sénat avait déjà voté le projet de loi en première lecture en septembre 2013, la ministre des Droits des femmes a fait en sorte que cette recommandation soit relayée par amendement au cours de l’examen par l’Assemblée nationale. La portée légale et pratique de cette décision n’a fait l’objet ni d’un examen juridique par le Conseil d’Etat, ni d’une étude d’impact par le Gouvernement, alors que ces préalables sont obligatoires pour chaque mesure contenue dans un projet de loi.

– Cette banalisation de l’acte ne serait pas seulement un changement symbolique majeur, portant encore plus gravement atteinte au droit à la vie. Ce serait également une  atteinte  à la dignité des femmes, car les conséquences humaines peuvent se révéler inverses à celles souhaitées par le Gouvernement : pressions accrues sur la femme enceinte, plus grande solitude, déresponsabilisation des hommes… Présenter un tel acte comme exclusivement « médical » constitue une régression : c’est un déni de son enjeu réel (le destin d’une vie humaine) et de ses répercussions désormais connues pour les femmes, les couples et les fratries.

b)    L’élargissement du délit d’entrave

– Lors de son examen du projet de loi en septembre 2013, le Sénat a introduit un amendement qui renforce le délit d’entrave à l’IVG. L’Assemblée nationale a confirmé cette mesure le 18 décembre 2013, en modifiant légèrement la formulation.

– Ce délit, créé en 1993, consiste dans « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une IVG ou les actes préalables » dans les établissements qui les pratiquent. Il peut être puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende.

– Ces sanctions (nouvel article 5 quinquies) s’étendraient désormais à ceux qui empêchent ou tentent d’empêcher « de s’informer sur » une IVG ou les actes préalables, dans tous les établissements habilités, par convention, à donner cette information.

– D’après l’auteur de l’amendement, qui veut lever « tous les obstacles qui s’opposent à l’exercice de ce droit », cette mesure ne concernerait pas les actions pouvant être menées sur internet. Mais la pression du Gouvernement reste forte pour chercher à limiter toute diffusion d’informations qui ne va pas dans un sens favorable à l’avortement.

c)    Le changement symbolique d’un titre du Code de la santé

 – Un troisième amendement a été voté en Commission des lois le 18 décembre. Il consiste à modifier le titre de la deuxième partie du Code de la santé publique : au lieu de s’intituler « Santé de la famille, de la mère et de l’enfant », ce titre deviendrait « Santé reproductive, droits de la femme et protection de la santé de l’enfant ».

– L’objectif très symbolique est de conforter en droit français des expressions largement utilisées par les partisans de l’avortement dans les instances internationales, en particulier l’expression ambiguë de « santé reproductive ».

– La disparition des mots « famille » et « mère », au profit des « droits de la femme », laisse également transparaître la volonté d’élargir prochainement l’utilisation des techniques de procréation artificielle au profit des personnes célibataires ou homosexuelles.

d)     Pour mémoire, les mesures récentes concernant l’IVG

Ces derniers mois, le Gouvernement a multiplié les mesures pour faciliter l’accès à l’IVG et à la contraception pour les mineures :

– Le remboursement à 100% de l’IVG par la Sécurité Sociale aux assurés sociaux a été décidé à partir de janvier 2013 (loi du 17 décembre 2012 ; auparavant, il restait une part à la charge de l’assuré social, très souvent prise en compte par sa mutuelle).

– Le tarif des IVG chirurgicales, payées par la Sécurité sociale aux établissements de santé, a été revalorisé de 50% à partir de mars 2013.

– Un nouveau site internet d’information public sur l’IVG a été ouvert fin septembre 2013. Cette initiative faisait suite à un rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, qui dénonçait une trop grande visibilité sur internet de sites qu’il considère comme « opposés à l’IVG ».  Les sites en cause, qui existent depuis plusieurs années, proposent en général une écoute et donne des informations sur les aides et les alternatives possibles à l’IVG (informations qui n’existent plus depuis 2001 dans le dossier-guide remis obligatoirement aux femmes enceintes qui consultent en vue d’une éventuelle IVG).

– Les notices mises à disposition dans les tests de grossesse pourraient contenir des conseils sur l’IVG. Tel est le souhait de Najat Vallaud Belkacem, exprimé sur son blog le 11 septembre 2013, à l’annonce d’un amendement au Sénat modifiant le projet de loi sur la consommation, autorisant la vente de ces tests hors pharmacie. Cette disposition a été acceptée par l’Assemblée nationale en décembre dernier, et le Sénat doit finaliser l’ensemble du projet de loi fin janvier 2014.

– Pour les mineures, le développement de la gratuité et l’anonymat de la contraception a fait l’objet de plusieurs mesures successives depuis un an : d’abord pour les pilules contraceptives, puis pour les actes médicaux et les examens de biologie liés à tout moyen de contraception (y compris implants, stérilets …), sans oublier la baisse du taux de TVA sur les préservatifs (de 7% à 5,5%) à partir de début 2014.

e)    L’évolution de l’environnement international

A l’heure où la France tend à élargir de plus en plus les conditions d’accès à l’avortement, d’autres pays aux législations plus permissives ont adopté ou prévu d’adopter des mesures de régulation. C’est le cas dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, en Norvège, dans certains états aux Etats-Unis.  De façon plus particulière, deux pays proches symbolisent cette tendance dans l’actualité :

– En Espagne, le gouvernement a présenté un projet de loi le 20 décembre 2013, visant à revenir aux principes en vigueur entre 1985 et 2010, avec des conditions plus strictes : l’IVG serait possible soit « en raison du grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme », soit si la grossesse est une « conséquence d’un délit contre la liberté ou l’intégrité sexuelle de la femme ».

Un des objectifs affichés est de respecter la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées du 13 décembre 2006, qui interdit les pratiques eugéniques.

– En Suisse,  un référendum est organisé le 9 février 2014 pour demander l’arrêt du financement de l’IVG par l’assurance maladie de base. Cette consultation fait suite au recueil de plus de 100 000 signatures en 2011 par le collectif “Financer l’avortement est une affaire privée“.

 

 

NOTRE COUP DE COEUR

Le 10 décembre dernier, le Parlement européen a rejeté une résolution  sur « la santé et les droits sexuels et génésiques » (SDSG). Le texte, appelé « Résolution Estrela », prévoyait notamment de nombreuses recommandations pour banaliser l’avortement : l’objectif était de le faire reconnaître comme un droit fondamental, au risque d’effacer toute notion de « droit à la vie ».

En votant une résolution alternative, les députés européens ont rappelé que l’Union européenne doit respecter le principe de subsidiarité et que cette question ne relève pas de sa compétence : « La définition et la mise en œuvre des politiques relatives aux SDSG et à l’éducation sexuelle dans les écoles relèvent de la compétence des Etats membres ».

Par la voix du Commissaire Siim Kallas, la Commission européenne vient de réaffirmer le 16 janvier 2014, devant l’Assemblée de Strasbourg, que l’Union Européenne n’a pas compétence en matière d’avortement et d’éducation sexuelle.

 

 

NOTRE COUP DE GUEULE

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, dont le rapport sur l’accès à l’IVG est à l’origine des amendements sur l’IVG,  a réalisé un travail militant et contestable. Très présent dans la commission « Santé, Droits sexuels et reproductifs » chargée de rédiger le rapport, le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) y déploie la vision idéologique qu’il promeut depuis 40 ans.

L’objectif fixé est exprimé clairement : « Faire de l’avortement un droit à part entière et de l’IVG un acte médical comme un autre, dénué de représentations moralisatrices et d’idées reçues ».

Pour les auteurs du rapport : « L’IVG est un événement assez courant de la vie sexuelle et reproductive des femmes : près de 35% des femmes ont recours à une IVG dans leur vie. L’IVG n’est pas un problème : c’est une solution à une grossesse non désirée. » Ils « regrettent que l’IVG ne soit pas encore un droit plein et entier, du fait de l’esprit de la loi d’origine, qui perdure encore, et qui considère l’avortement comme une dérogation au respect dû à la vie fondée sur la détresse de la femme. »

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

–       Notexpert VITA sur les amendements IVG : « Des mesures inadaptées et malvenues », 17 janvier 2014.

–       Fil d’actus VITA sur l’amendement supprimant la notion de « situation de détresse », 18 décembre 2013.

–       CP VITA sur le rapport du Haut Conseil à l’Egalité Femmes-Hommes, 7 novembre 2013.

–       La prévention de l’IVG : un enjeu social.

–       Sexualité des mineures.

–       Historique des lois concernant l’IVG de 1967 à 2010

[CP] Vincent Lambert : le tribunal a pris une juste décision

Communiqué de presse : Paris, le 16 janvier 2014

Alliance VITA tient à exprimer son soulagement devant la décision prise par le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ce 16 janvier 2014, suspendant le « protocole de fin de vie » que le CHU de Reims voulait administrer à Vincent Lambert.

En désavouant la décision de l’hôpital, prise samedi dernier, d’arrêter la nutrition et l’hydratation de ce patient en état pauci-relationnel, les juges ont interprété de façon éthique la loi Leonetti fondée sur le respect du droit à la vie.

Pour le docteur Xavier Mirabel, président d’Alliance VITA : « Le tribunal a reconnu qu’alimenter une personne constitue par principe un soin de base, et qu’à ce titre cet acte médical est toujours proportionné. Le fait que l’alimentation soit apportée de façon artificielle ne change pas la nature profonde de l’acte. Dans le cas de Vincent Lambert, on était confronté à une interprétation abusive de la loi Leonetti par le corps médical : pour l’équipe en cause, nourrir et hydrater un patient dans un état comateux était devenu une obstination déraisonnable. Le tribunal, avec grande sagesse, a écarté cette vision euthanasique de l’arrêt des soins indispensables à la vie.

La division manifestée au sein de la famille de Vincent Lambert, et chez les soignants qui l’ont pris en charge depuis des années, est source de malaise, d’autant qu’elle est publique, ce qui tend à figer les positions. Cette tension traduit visiblement un épuisement de ces personnes qui se dévouent à son chevet. Cet épuisement est un signal d’alerte fort, que la société doit prendre en compte, pour réagir et assurer un soutien et un relai aux aidants de proximité.

Le transfert de Vincent Lambert dans une unité spécialisée pour accompagner au long cours les personnes en état pauci-relationnel nous parait nécessaire. Il n’est pas question ici de remettre en cause le magnifique travail accompli jusqu’à présent par ses soignants, mais de répondre au besoin impératif de prise de relai. Dans ce type de situation, l’épuisement des proches est non seulement à prendre en compte, mais à anticiper.

De façon plus globale, les prises de position suscitées par la situation de Vincent Lambert sont éclairantes sur le débat actuel concernant la fin de vie en France :

  • Certains ont dit qu’il fallait « laisser mourir » Vincent Lambert ; or il n’est aucunement mourant, il est lourdement handicapé.  
  • Certains l’ont appelé « légume » ; or c’est un terme impropre et dangereux, car jamais un être humain ne perd sa nature humaine ni sa dignité.
  •  D’autres encore ont demandé l’arrêt de son alimentation sous prétexte qu’il ne vit pas un état de pleine conscience ; or de nombreuses personnes en France vivent aujourd’hui même la situation que lui, protégés par leurs proches et leurs soignants.

Ce débat fait donc apparaitre la violence de certains arguments qui me paraissent extrêmement graves. Nous devons tous être en état d’alerte par rapport à ces réactions qui risquent de nous faire basculer vers une société de la toute-puissance qui refuse la grande fragilité de certains de ses membres. C’est donc avec force que je lance un appel aux pouvoirs publics pour demander qu’un profond travail de pédagogie soit accompli, fondé sur cette réalité : la vie de chacun est précieuse pour tous. »

Projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes – pourquoi manifester ?

Dans le cadre du projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes (à compter du lundi 20 janvier), le gouvernement entend notamment supprimer de la loi, la notion de “situation de détresse” d’une femme pour recourir à l’avortement.

Pour Alliance VITA, cette nouvelle dérive est injuste : elle dédouane la collectivité et déresponsabilise les hommes. Elle risque d’aggraver la pression qui pèse sur les femmes enceintes en difficulté, en les conduisant à l’avortement comme une fatalité. Rappelons qu’Alliance VITA, assumant le relais des pouvoirs publics, a pris à son compte depuis 2011 l’édition d’un « Guide des aides aux femmes enceintes » dont l’Etat avait abandonné la publication. Les milliers de volontaires de VITA diffusent depuis plusieurs semaines, dans toute la France, la dernière version actualisée de ce guide.

Pour Alliance VITA, manifester contre des dispositions législatives injustes est à la fois légitime et nécessaire. VITA encourage les Français à se mobiliser et soutient la Marche pour la vie. Alliance VITA formule le souhait que la manifestation, organisée à Paris le dimanche 19 janvier 2014 soit un succès :

  • qu’elle contribue à sortir l’avortement du silence, sans qu’aucune femme ou famille ayant l’expérience de l’avortement ne se sente jugée ou condamnée, car l’IVG est déjà la source de grandes souffrances morales ;
  • qu’elle favorise la prise de conscience d’une urgence : la mise en place d’une véritable politique de prévention de l’IVG, mobilisant tous les acteurs des domaines sociaux, médicaux, éducatifs, etc.

Pour sa part, au travers de son service d’écoute et d’aide SOS bébé, ainsi que de son action continue d’alerte et d’information du public et des élus, Alliance VITA agit chaque jour pour que l’avortement ne soit pas une fatalité dans la vie des femmes et des couples, et pour que ceux qui l’ont vécu ne se sentent pas stigmatisés.

Forte de son expérience, VITA intervient régulièrement pour dénoncer les pressions multiples qui pèsent sur les femmes et montrer qu’une autre politique est possible. Celle-ci devrait être à l’inverse de celle que prône le Mouvement Français pour le Planning familial, organisme qui tend à banaliser un geste qui n’a rien d’anodin, parce qu’il détermine le destin de vies humaines.

Alliance VITA demande instamment à tous ceux qui manifesteront, comme à toutes les personnes qui se sentent concernées par ce sujet difficile et intime, de s’engager par une action continue et paisible, au-delà d’une marche annuelle, aussi légitime soit-elle : soyons de plus en plus nombreux à construire ensemble, au jour le jour, une culture d’accueil de la vie.

3 minutes en vérité sur l’euthanasie

3 minutes en vérité sur l’euthanasie

Henri de Soos, coordinateur de SOS Fin de Vie d’Alliance VITA, était l’invité de Famille Chrétienne le 7 janvier 2014,  dans l’émission “3 minutes en vérité”.

Il appelle à se mobiliser face à l’enjeu essentiel du respect de la vie. Extraits de l’émission :

« La conférence de citoyens, c’est un procédé très douteux sur la forme et très dangereux sur le fond : 18 personnes – alors qu’on est 66 millions d’habitants – réunies quelques heures, prononcent un “oui” franc et massif pour le suicide assisté et un “oui”  plus timide pour l’euthanasie d’exception, alors que depuis 2 ans, sur la base de la proposition 21 du candidat Hollande, tous les gens compétents et les experts ont dit “non” à l’euthanasie et “non” au suicide. (…)  Il n’y a pas d’exception possible quand il s’agit de vie ou de mort. C’est comme pour la peine de mort. On ne peut pas dire : “je suis contre l’euthanasie sauf quelques cas exceptionnels”. Une fois que la porte est ouverte, elle ne peut pas se refermer. On n’a jamais vu la brèche d’une digue se colmater toute seule. (…) La dignité, c’est ce qui nous distingue de l’animal. Dire que “dans ma déchéance, je n’ai plus de dignité donc je dois disparaître”, c’est une vision fausse à la fois de la liberté et de la dignité. Par exemple pour notre association Alliance VITA, nous avons un Guide des 10 idées solidaires qui invite à poser des gestes simples pour accompagner les personnes ou les proches. (…) Les problèmes sont trop graves, on ne peut plus rester indifférent. Il y a quelque chose d’extrêmement important qui se passe et il faut se mobiliser. Je pense par exemple à un appel très récent, celui de “Solidaires en fin de vie” lancé par cinq personnalités très diverses (…). Il faut unir toutes les sensibilités de droite-de gauche, “cathos-pas cathos”, face à cet enjeu absolument essentiel du respect de la vie. C’est fondateur pour toutes les civilisations. Si on franchit la barrière essentielle de l’interdit de tuer, alors on va vers des dérives graves, vers une société où la fraternité n’a plus lieu. »

 

3  minutes en vérité avec Henri de Soos… par famillechretienne